des découvertes culturelles (février 2016)

Pour l'instant, m'abonner à Mubi est la meilleure chose que j'ai faite cette année. Je vous recommande d'y jeter un œil si vous aimez le cinéma.

Films

Blind Pig Who Wants to Fly [Babi buta yang ingin terbang] (Edwin, 2008): Je crois que je n'ai pas encore le niveau nécessaire pour apprécier un tel condensé de non-cinéma et comprendre tous les tenants et aboutissants de ce film. Il est apparemment question d'identité, de racisme, d'exclusion. Je pense surtout qu'à moins d'être indonésien, il est impossible de comprendre ne serait-ce qu'une seule des différentes “saynètes” de ce film. Prétendre le contraire est de la vanité au mieux, de la condescendance occidentale au pire.

Ah, et cette chanson ? Je ne veux plus jamais l'entendre de ma vie. Plus jamais.

Cendres et diamant [Popiol I Diament] (Andrzej Wajda, 1958)

Formellement riche. La guerre est finie, la paix est à nouveau là. Comment commence-t-elle ? Avec un meurtre, un de plus. Peut-on dire que la guerre est vraiment finie alors ? Je vous recommande de le regarder.

Le Refuge (François Ozon, 2010): Je n'aime pas Ozon, et c'est triste à dire parce que c'est seulement le deuxième film que je vois de ce réalisateur. Mais le constat est là, déjà, je n'aime pas Ozon. Je n'aime pas son monde parisien, ses personnages qui ont l'insouciance et la condescendance de ceux qui ne manqueront jamais d'argent, de ceux qui parlent comme si ils étaient tirés d'une poésie à vers libre. Je n'aime pas sa manière de traiter ses personnages féminins, toujours infantilisées, chouchoutées, dorlotées, entourées de figures paternelles (ici c'est presque littéral) qui les guident, les dominent, les étouffent enfin. Je n'aime pas sa caméra qui ne fait que filmer sans remplir, observer sans élever. Les scènes se suivent et forment un tableau auquel on ne peut rien enlever, mais où on ne peut rien ajouter non plus. C'est propre comme un appartement parisien qu'on visite pour louer, et tout aussi vide. Vide de sens, vide de forme, vide de fond. Ozon a besoin de montrer que son actrice se sent mal, alors il la filme en train de pleurer. Elle se sent mal, on la voit se sentir mal, merci, ce sera tout. Autant lire un script, sa caméra ne rajoute rien d'autre par-dessus le texte.

Sukiyaki Western Django (Takashi Miike, 2007): Visionnage pénible et embarrassant. Oeuvre noyée dans ses hommages et références. Ce n'est pas étonnant de voir Tarantino jouer là-dedans. C'est le genre de films qu'il adore et qu'il réalise lui-même, boursouflé et finalement très vain.

Je ne retiendrai qu'une seule ligne du film: “Vivre, c'est apprendre à dire adieu.” Je m'en vais donc de ce pas dire adieu à ce film et passer à autre chose très rapidement. Sans rancune.

SIbérie (Joana Preiss, 2012): Un curieux film, un film curieux. Je me suis reconnu dans certaines répliques prononcées par l'homme et la femme, sans distinction. L'introspection de l'un et de l'autre, de l'un vis-à-vis de l'autre, de l'un contre l'autre résulte en une séparation qui tombe à pic, et qui en même temps semble avoir été préparée, couvée, alimentée par les longues heures passés dans ce train transsibérien. La prochaine fois (mais il n'y aura pas de prochaine fois), il faudrait prendre l'avion pour ne pas raviver les cendres de la tragédie.

Tout le côté méta-texte autour de la caméra et du mélange entre réalité et fiction est à creuser. Je vous recommande de le regarder, mais soyez préparés, ce n'est pas un film facile.

Singin’ In The Rain (Stanley Donen, Gene Kelly, 1952): Vu dans le cadre du ciné-concert donné par l'Auditorium de Lyon. Eh bien oui, je n'avais jamais vu Singin’ In The Rain, pour les mêmes raisons qui en font une oeuvre tant aimée aujourd'hui. Ce n'est pas le genre de films que j'affectionne, et pourtant là, avec l'orchestre, ce premier visionnage était sans doute le meilleur possible et a contribué grandement à me faire apprécier le moment. J'en ressors content. C'est un film gentil, un film qui fait sourire et hocher la tête. Il en faut, il y en a, ils sont heureux, ils ne demandent rien à personne. J'en garderai un souvenir positif. Je vous recommande de le regarder, mais en vérité je dois être un des seuls à ne l'avoir jamais vu, donc ma recommandation est un peu caduque.

Les Frissons de l'Angoisse [Profondo Ross] (Dario Argento, 1975): Ce cadre claustrophobique, qui ne cesse de zoomer et et de dézoomer; et réduire l'angle de vision pour mieux le piéger entre ses murs blancs, autant d'obstacles, presque au sens littéral, qui empêchent d'apercevoir du coin de l’œil qui se cache derrière les blocs. Je vais me renseigner sur le réalisateur et le genre, ils ont tous deux piqué mon intérêt à vif. Je vous recommande de le regarder.

Archangel (Guy Maddin, 1990): Pour le côté reconstitution d'un semi-talkie (ou semi-muet, c'est selon), aucun souci, j'ai failli me demander si la date affichée sur la fiche du film était la bonne.

Pour le reste, on oscille entre incompréhension, absurdité baroque et construction cyclique. Le tout laisse songeur, circonspect, effrayé ? Le thème de la bobine qui ne cesse de revenir en arrière est assez hypnotique. Un film très étrange en tout cas.

Carnival of Souls (Herk Harvey, 1962): Semi-découverte parce que j'avais déjà vu des extraits et je le connaissais de nom, étant un des titres cités régulièrement dans les influences, nombreuses cela dit, de Lynch ou encore Romero.

Le voir en entier n'a pas vraiment rajouté de valeur, je dois dire, les extraits que j'avais vu ailleurs suffisaient; surtout, ils allaient à l'essentiel. Là, les longueurs du script et les dialogues terre-à-terre rajoutent une couche qui avait été judicieusement enlevée en ne montrant que des bouts. Enfin, c'est fait, désormais. Il reste une photographie par moments intéressante, des cadrages qui renforce l'ambiance surréelle du film et un traitement de l'horreur par le suggéré et l'attente qui annonce bien des courants et techniques par la suite.

J'ai pas voté (Moise Courilleau, Morgan Zahnd, 2014): je n'avais jamais vu ce documentaire mais je n'ai rien “découvert”. Vu que je fais partie de ceux qui votent systématiquement blanc, qui est ni plus ni moins que de l'abstention déguisée mais qui au moins ne me fait pas 1) sentir coupable, pas totalement et 2) me permet de faire ma balade du dimanche (en attendant le vote sur Internet, la douce utopie), je suis au fait de tout ce que le documentaire présente. Valeur personnellement nulle pour moi, au sens de “je n'ai rien appris de plus que ce que je sais déjà”. Pour les autres, ça reste une assez bonne introduction, même si je dois avouer que l'influence chouardienne se fait (trop) ressentir.

Mangas et Bandes Dessinées

Spirale [Uzumaki] (Junji Ito, 1998): au détour d'une image trouvée sur reddit, me voilà embarqué dans cette histoire de spirales. La sérendipité autour de ma rencontre avec ce manga me fait beaucoup rire. Je ne regrette pas d'avoir cliqué par hasard sur une image qui montrait des poules faire un motif de spirales toutes ensembles. J'ai beaucoup aimé ces récits entremêlés de spirales, de ronds et de douce folie. L'horreur s'enracine, les images restent imprimées sur la rétine. Je vous recommande de le lire.

Marie des Dragons (Thierry Démarez, Ange, 2009), tome 1 et 2: La couverture est belle, soignée. Elle invite, Marie, elle nous regarde de son air fier et conquérant. A l'intérieur, le dessin est grossier, quelconque, presque fade. Quelle tristesse. L'histoire semble avoir connu des jours meilleurs.

Meteors - Le règne digital (Philippe Ogaki, Fred Duval, 2008), tome 1: Le dessin oscille entre…manga et…quelque chose ? Je ne saurais dire. En fermant un œil ça passe, mais il ne faut pas trop regarder les visages de près, ça peut faire peur.

J'ai bien aimé l'idée d'une IA qui prend comme modèle les animaux pour leur enveloppe physique, surtout l'idée des IA évoluées qui sont en fait une tribu de grands singes. L'hubris est palpable, l'ironie certaine.

L'histoire n'a ni queue ni tête, mais beaucoup de personnages. On sent une influence “série” dans la fragmentation du récit et l'art du cliffhanger à la fin. Pas vraiment à mon goût du reste, mais ça se laisse lire. L'univers est plus intrigant que les personnages qui l'habitent, exception faite des IA.

The New Ghost (Robert Hunter, 2010): Un tout petit graphic novel. Quelques pages à peine, mais je suis conquis. Rob Hunter est un illustrateur à la base, et ça se voit. La mise en page est superbe. Discrète et sensible, les cases de parlent et se répondent entre elles. J'ai beaucoup pensé à Kentucky Route Zero en lisant cette histoire. Il y a ce même désir de faire du “magic realism”, c'est très beau.

J'hésite à l'acheter pour pouvoir le feuilleter quand l'envie me prend, et soutenir l'auteur. Une belle découverte dans tous les cas. Je vous recommande de le lire.

Morphine (Juliette Fournier, 2012): La couverture m'a fait penser à Beautiful Bones: Sakurako’s Investigation.

A l'intérieur, on est loin du croisement entre Miyazaki et Lynch annoncé en gros en quatrième de couverture, n'exagérons rien; l'univers est chatoyant, les personnages assez singuliers, et ça se lit très bien, presque trop bien. Je suis ressorti un peu sur ma faim. La fin demande une suite, ou au moins une deuxième histoire, parce que là c'est un peu trop propre, scolaire, type première BD après le diplôme. Quelque chose de sympathique, mais d'oubliable.

Livres

Pouvoir des jeux vidéo (Collectif, 2013): Ensemble irrégulier. Certains textes sont intéressants (le rapport de la médiatrice décryptant les attitudes des visiteurs face à l'objet jeu traité comme une pièce de musée), d'autres le sont moins et tombent un peu dans la tautologie et l'analyse superficielle (toujours ce problème de vouloir absolument tisser des liens entre le jeu et le cinéma, ça devient lassant à la longue).

 
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